Citations

Ces citations vous sont proposées sous forme d'un abécédaire réalisé par Claire Daudin, Agrégée et Docteur en Lettres modernes, enseignante à l'Institut Albert Legrand, à Angers. Outre sa grande connaissance de l'oeuvre de Georges Bernanos, Claire Daudin est aussi écrivain. Elle a obtenu en Mai 2010, le "Grand prix catholique de littérature". 

Ce travail comporte également, pour partie, un choix de citations effectué par Jean-Loup Bernanos.

A

ACADEMIE

"Quand je n’aurai plus qu’une paire de fesses pour penser, j’irai l’asseoir à l’Académie".

Correspondance

AME

"La Damnation ne serait-elle pas de se découvrir trop tard, beaucoup trop tard, après la mort, une âme absolument inutilisée, encore soigneusement pliée en quatre, et gâtée, comme certaines soies précieuses, faute d’usage ?"

Nos amis les saints

ARGENT

"Ce sont les Forces spirituelles qui en finiront avec la Tyrannie de l’Argent parce qu’elles en délivreront les consciences, elles redresseront les consciences en face de ces maîtres comme en face de tous les autres. Alors sera vraiment constitué le front de la liberté".

Lettre aux Anglais

ARTISTE

"L’artiste peut se taire, non se donner à demi".

Nous autres Français

B

BOURGEOISIE

D’une manière générale, il est juste d’écrire que la Bourgeoisie, depuis cent cinquante ans, peut être définie : la classe française dont le sort, dès l’origine, s’est trouvé lié à l’économie libérale, qui a défendu pied à pied le régime inhumain de l’économie libérale, qui s’est laissé arracher un par un, ainsi que des concessions gratuites, les réformes indispensables.

Nous autres Français

BRESIL

Le Brésil n’est pas pour moi l’hôtel somptueux, presque anonyme, où j’ai déposé ma valise en attendant de reprendre la mer et de rentrer chez moi : c’est mon foyer, c’est ma famille, mais je ne me crois pas encore le droit de le lui dire, je me sens trop son obligé pour mériter d’en être cru.

Lettre aux Anglais

Le plus grand, le plus profond, le plus douloureux désir de mon coeur en ce qui me regarde c’est de vous revoir tous, de revoir votre pays, de reposer dans cette terre où j’ai tant souffert et tant espéré pour la France, d’y attendre la résurrection comme j’y ai attendu la victoire.

Lettre à Hilda de Boa Vista - Février 1946

C

CHARITE

C’est de la sainte charité du Christ que le monde a peur, non de vous, ni de vos « idées ».

Les Enfants humiliés

CHRETIEN

Il y a un ordre chrétien. Notre ordre est un ordre de justice. Je prie les incrédules de bien vouloir un moment ne considérer que le principe même de cet ordre, d’oublier les échecs répétés de sa réalisation temporelle. Cet ordre est celui du Christ, et la tradition catholique en a maintenu les définitions essentielles. Quant au soin de sa réalisation temporelle, il n’appartient pas aux théologiens, aux casuistes, aux docteurs, mais à nous chrétiens. Or, la plupart des chrétiens paraissent absolument oublier cette vérité élémentaire.

Nous autres Français

D

DEMOCRATIE

Une Démocratie sans démocrates, une République sans citoyens, c’est déjà une dictature, c’est la dictature de l’intrigue et de la corruption.

La France contre les robots

DIEU

Dieu s’en va, Dieu se retire de nous, comme il nous laisse à la fois vides et lourds ! … cette liberté intérieure qui était notre privilège héréditaire, et où nos ennemis voyaient, non sans raison, une incorrigible légèreté, puisque c’est vrai qu’elle nous faisait légers, libres et légers, même dans l’erreur, le péché, l’injustice, […]- cette liberté intérieure, c’était Lui.

La liberté pour quoi faire ?

E

ENFANCE

Qu'importe ma vie ! Je veux seulement qu'elle reste jusqu'au bout fidèle à l'enfant que je fus. Oui, ce que j'ai d'honneur et ce peu de courage, je le tiens de l'être aujourd'hui pour moi mystérieux qui trottait sous la pluie de septembre, à travers les pâturages ruisselants d'eau, le cœur plein de la rentrée prochaine, des préaux funèbres où l'accueillerait bientôt le noir hiver, des classes puantes, des réfectoires à la grasse haleine, des interminables grand-messes à fanfares où une petite âme harassée ne saurait rien partager avec Dieu que l'ennui -- de l'enfant que je fus et qui est à présent pour moi comme un aïeul. (...) Oh ! je sais bien ce qu’a de vain ce retour vers le passé. Certes, ma vie est déjà pleine de morts. Mais le plus mort des morts est le petit garçon que je fus. Et pourtant, l’heure venue, c’est lui qui reprendra sa place à la tête de ma vie, rassemblera mes pauvres années jusqu’à la dernière, et comme un jeune chef ses vétérans, ralliant la troupe en désordre, entrera le premier dans la maison du père.

Les Grands Cimetières sous la lune

ENFER

L’enfer, Madame, c’est de ne plus aimer.

Journal d’un curé de campagne

ESPERANCE

L’espérance, voilà le mot que je voulais écrire. […] La vie intérieure de l’homme moderne a un rythme trop rapide pour que s’y forme et murisse un sentiment si ardent et si tendre, il hausse les épaules à l’idée de ces chastes fiançailles avec l’avenir. […] Le monde moderne n’a pas le temps d’espérer, ni d’aimer, ni de rêver. Ce sont les pauvres gens qui espèrent à sa place, exactement comme les saints aiment et expient pour nous.

Les Enfants humiliés

EUROPE

La civilisation européenne, nous le savons, a un caractère universel. Il serait donc faux de dire qu’elle est l’Europe et rien qu’elle. Il ne s’agit pas non plus de prétendre que l’homme d’Europe est l’Homme. Mais nous croyons que la civilisation européenne est inséparable d’une certaine conception de l’homme.

La liberté pour quoi faire ?

F

FRANCAIS

Il n’y a pas d’orgueil à être français. Au fond de tout orgueil, il y a ce vieux levain d’idolâtrie. Nous ne sommes pas un peuple d’idolâtres. […] Nous ne sommes nullement tentés de diviniser quoi que ce soit. Nous sommes le seul peuple qui en plein délire homicide ait dressé, non contre Dieu, mais contre lui-même, ainsi qu’un tragique témoignage de sa folie, un autel à la Raison Universelle. Diviniser la Raison n’est peut-être pas un acte d’idolâtrie. Mieux vaut diviniser la Raison que la Nature, ou la Race ; mieux vaut diviniser la Raison que se diviniser soi-même.

Nous autres Français

Nous sommes une chrétienté en marche vers un royaume d’égalité, de liberté, de fraternité.

Lettre aux Anglais

FRANCE

Mesdames et messieurs, lorsque vous pensez à la France, si vous ne l’avez jamais vue, ne pensez pas d’abord à ses bibliothèques et à ses musées, mais à ses belles routes pleines d’ombre, à ses fleuves tranquilles, à ses villages fleuris, à ses vieilles églises rurales, six ou sept fois centenaires, à ses villes illustres, toutes ruisselantes d’histoire, mais d’un accueil simple et discret, à nos vieux palais construits si près du sol, en un si parfait accord avec l’horizon qu’un Américain, habitué aux gratte-ciel de son pays, risquerait de passer auprès d’eux sans les voir. Et lorsque vous pensez à notre littérature, pensez-y aussi comme à une espèce de paysage presque semblable à celui que je viens de décrire, aussi familier, aussi accessible à tous, car nos plus grandes œuvres sont aussi les plus proches de l’expérience et du cœur des hommes, de leurs joies et de leurs peines.

Le Chemin de la Croix-des-Ames

G

GUERRE

…La fameuse, l’impayable guerre des Démocraties, pacifique et humanitaire…

La Grande Peur des bien-pensants.

La Guerre Totale est la Société Moderne elle-même, à son plus haut degré d’efficience.

La France contre les robots

H

HOMME

Même le plus optimiste des hommes sait maintenant qu’une civilisation peut devenir dangereuse pour l’humanité. Il suffit qu’elle se soit constituée et développée d’après une définition incomplète et même fausse de l’homme.

La Liberté pour quoi faire ?

Mais nous savons, nous, que ce que le Christ est venu sauver, c’est l’homme et non le surhomme.

Nous autres Français

HONNEUR

Nous croyons qu’il y a un honneur de la politique, nous croyons non moins fermement qu’il y a une politique de l’honneur, et que cette politique vaut politiquement mieux que l’autre.

Nous autres Français

J

JEUNESSE

Ce ciel clair, la fauve brume criblée d’or, les pentes encore blanches de gel, et cette machine éblouissante qui haletait doucement dans le soleil… J’ai compris que la jeunesse est bénie, qu’elle est un risque à courir – mais que ce risque même est béni.

Journal d’un curé de campagne

C'est la fièvre de la jeunesse qui maintient le reste du monde à la température normale. Quand la jeunesse se refroidit, le reste du monde claque des dents.

Les Grands Cimetières sous la lune

JUSTICE

La justice qui n’est pas selon le Christ, la justice sans amour, devient vite une bête enragée.

La liberté pour quoi faire ?

L

LANGAGE

Le crime du monde moderne est d’avoir jeté dans la mêlée des partis, mis au service d’intérêts obscurs, inavouables, les mots les plus beaux du langage humain, liberté, honneur, droit, justice, les mots les plus innocents – comme les régimes totalitaires de droite ou de gauche rêvent de jeter dans la guerre, arment de fusils ou de mitrailleuses, les enfants de dix ans.

Le Chemin de la Croix-des-Ames

LIBERTE

Hélas ! le monde risque de perdre la liberté, de la perdre irrémédiablement, faute d’avoir perdu l’habitude de s’en servir…

La France contre les robots

Il faut beaucoup d'indisciplinés pour faire un peuple libre

Les enfants humiliés

LUXURE

La luxure est une plaie mystérieuse au flanc de l’espèce. Que dire, à son flanc ? A la source même de la vie. Confondre la luxure propre à l’homme, et le désir qui rapproche les sexes, autant donner le même nom à la tumeur et à l’organe qu’elle dévore, dont il arrive que sa difformité reproduise effroyablement l’aspect.

Journal d’un curé de campagne

M

MACHINES

Si le monde est menacé de mourir de sa machinerie, comme le toxicomane de son poison favori, c’est que l’homme moderne demande aux machines, sans oser le dire ou peut-être se l’avouer à lui-même, non pas de l’aider à surmonter la vie, mais à l’esquiver, à la tourner, comme on tourne un obstacle trop rude.

Le Chemin de la Croix-des-Ames

La plus redoutable machine est la machine à bourrer les crânes, à liquéfier les cerveaux.

Obéissance et irresponsabilité, voilà les deux Mots Magiques qui ouvriront demain le Paradis de la Civilisation des Machines.

La France contre les robots

MONARCHIE

La sensibilité française, en 1789, était déjà formée depuis longtemps, et cent cinquante ans d’apparente réaction contre le passé ne suffisent pas à modifier profondément nos réactions morales, notre conception particulière du devoir, de l’amour, de l’honneur. De sorte que le rythme profond de notre vie intérieure n’est en rien différent de celui d’un contemporain de Louis XVI. En ce sens on peut dire que tous les Français sont monarchistes comme moi. Ils le sont sans le savoir. Moi, je le sais.

Nous autres Français

MONDE MODERNE

Il est vrai, absolument vrai, qu’aux environs de 1914, nous avons tous senti que le monde moderne était à bout, qu’il criait grâce, qu’il aurait donné tout son fameux progrès pour une mystique. […] Le monde moderne avait besoin d’une mystique, mais ce sont les dictateurs qui l’ont rassasié, comblé, rempli.

Les Enfants humiliés

On ne comprend absolument rien à la civilisation moderne si on n’admet pas d’abord qu’elle est une conspiration universelle contre toute espèce de vie intérieure. Hélas ! la liberté n’est pourtant qu’en vous, imbéciles !

La France contre les robots

MORT

"A nous deux !"

Dernières paroles de Bernanos

N

NOSTALGIE

Ils me font rigoler avec leur nostalgie des paysages français ! Je n'ai pas revu ceux de ma jeunesse, j'en ai préféré d'autres, je tiens à la Provence par un sentiment mille fois plus fort et plus jaloux. Il n'en est pas moins vrai qu'après trente ans d'absence - ou de ce que nous appelons de ce nom - les personnages de mes livres se retrouvent d'eux-mêmes aux lieux que j'ai cru quitter. Ici ou ailleurs, pourquoi aurais-je la nostalgie de ce que je possède malgré moi, que je ne puis trahir ? Pourquoi évoquerais-je avec mélancolie l'eau noire du chemin creux, la haie qui siffle sous l'averse, puisque je suis moi-même la haie et l'eau noire ?

Les Enfants humiliés

NUIT

Même solitude, même silence. Et cette fois aucun espoir de forcer l’obstacle, ou de le tourner. Il n’y a d’ailleurs pas d’obstacle. Rien. Dieu ! je respire, j’aspire la nuit, la nuit entre en moi par je ne sais quelle inconcevable, quelle inimaginable brèche de l’âme. Je suis moi-même nuit.

Journal d’un curé de campagne

O

ORDRE

M. Mussolini a écrit un jour qu’il respectait dans l’Eglise la « plus grande force conservatrice de l’histoire ». C’est bien l’image que César s’est toujours faite de l’Eglise de Dieu, et nous savons aussi que cette image est fausse. Malheureusement, nous savons aussi que beaucoup de Chrétiens la jugent vraie, qu’ils croiraient volontiers que le Christ est mort uniquement pour la sécurité des propriétaires, le prestige de tous les hauts fonctionnaires, et la stabilité des gouvernements. Je n’ai jamais été ce qu’on appelle si drôlement « un Chrétien de gauche », je déplore qu’on ait trop souvent parlé de l’esprit révolutionnaire de l’Evangile, car cette expression est pour le moins équivoque, je ne me sens nullement anarchiste, mais, à qui prétend me parler au nom de l’Ordre, je lui demande d’abord de montrer ses titres. Mon obéissance n’est pas à qui veut la prendre, n’a pas mon obéissance qui veut. (…) Notre vocation, à nous autres Français, n’est pas de conserver mais de servir.

La Chrétienté française, fidèle, fière et libre

P

PAUVRES

Sans l’esprit, les faibles ne sont que déchets, utilisables seulement pour la part de force dégradée qui reste en eux, si dégradée qu’elle ne saurait paraître que s’ils s’assemblent en grand nombre. Le trésor du misérable est spirituel, et la raison, sans doute, de la béatification par le Christ de la condition du Pauvre, c’est que tout ce que perd l’Esprit est aussi perdu par le Pauvre. Le Pauvre suit le destin de l’Esprit.

Nous autres Français

Le pauvre n’est pas un homme qui manque, par état, du nécessaire, c’est un homme qui vit pauvrement, selon la tradition immémoriale de la pauvreté, qui vit au jour le jour, du travail de ses mains, qui mange dans la main de Dieu, selon la vieille expression populaire. Il vit non seulement de l’ouvrage de ses mains, mais aussi de la fraternité entre pauvres, des mille petites ressources de la pauvreté, du prévu et de l’imprévu. Les pauvres ont le secret de l’espérance.

Les Enfants humiliés

Les dernières chances du monde sont entre les mains des nations pauvres ou appauvries. C’est, en effet, la dernière chance qui reste au monde de se réformer, et si généreuse et magnanime qu’elle puisse être, une nation opulente ne serait pas capable de mettre beaucoup d’empressement à réformer un système économique et social qui lui a donné la prospérité. Or, si le monde ne se réforme pas, il est perdu. Je veux dire qu’il retombera tôt ou tard à la merci d’un démagogue génial, d’un militaire sans scrupules ou d’une oligarchie de banquiers.

Le Chemin de la Croix des Ames


PECHE

Le péché contre l’espérance – le plus mortel de tous, et peut-être le mieux accueilli, le plus caressé. Il faut beaucoup de temps pour le reconnaître, et la tristesse qui l’annonce, le précède, est si douce ! C’est le plus riche des élixirs du démon, son ambroisie. Car l’angoisse…

Journal d’un curé de campagne

Tous les pêchés capitaux ensemble damnent moins hommes que l'avarice et l'ennui.

Dédicace à une jeune fille. Rio, 21 octobre 1940

Le pêché nous fait vivre à la surface de nous-mêmes. Nous ne rentrons en nous que pour mourir et c’est là qu’Il nous attend.

Agenda personnel - 24 janvier 1948

PEUPLE

J’ai fait la guerre de 1914, engagé volontaire, comme simple caporal, c’est-à-dire dans une familiarité et une fraternité quotidienne avec mes camarades ouvriers et paysans. Ils ont achevé de me dégoûter pour toujours de l’esprit bourgeois. Ce n’est pas la misère ou l’ignorance du peuple qui m’attire, c’est sa noblesse. L’élite ouvrière française est la seule aristocratie qui nous reste, la seule que la bourgeoisie du XIXème et du XXème siècle n’ait pas encore réussi à avilir.

Autobiographie

PRIERE

Nous nous faisons généralement de la prière une si absurde idée ! Comment ceux qui ne la connaissent guère – peu ou pas – osent-ils en parler avec tant de légèreté ?[…] Si la prière était réellement ce qu’ils pensent, une sorte de bavardage, le dialogue d’un maniaque avec son ombre, ou moins encore – une vaine et superstitieuse requête en vue d’obtenir les biens de ce monde, - serait-il croyable que des milliers d’êtres y trouvassent jusqu’à leur dernier jour, je ne dis pas même tant de douceurs – ils se méfient des consolations sensibles – mais une dure, forte et plénière joie ! Oh, sans doute, les savants parlent de suggestion. C’est qu’ils n’ont jamais vu de ces vieux moines, si réfléchis, si sages, au jugement inflexible, et pourtant tout rayonnants d’entendement et de compassion, d’une humanité si tendre. Par quel miracle ces demi-fous, prisonniers d’un rêve, ces dormeurs éveillés semblent-ils entrer plus avant chaque jour dans l’intelligence des misères d’autrui ? Etrange rêve, singulier opium qui, loin de replier l’individu sur lui-même, de l’isoler de ses semblables, le fait solidaire de tous, dans l’esprit de l’universelle charité !

R

REVE

On me pressait de devenir un garçon pratique sous peine de crever de faim. Or, ce sont mes rêves qui me nourrissent. Les bigots, les militaires et les grandes personnes en général ne m’ont absolument servi à rien, j’ai dû trouver d’autres patrons, Donissan, Menou-Segret, Chantal, Chevance, - c’est dans la main de mes héros que je mange mon pain.

Les Enfants humiliés

RÉALISME

Le réalisme est précisément le bon sens des salauds.

La France contre les robots

S

SAINTS

Les chrétiens ne sont pas des surhommes. Les saints pas davantage, ou moins encore, puisqu’ils sont les plus humains des humains. Les saints ne sont pas sublimes, ils n’ont pas besoin du sublime, c’est le sublime qui aurait plutôt besoin d’eux. Les saints ne sont pas des héros, à la manière des héros de Plutarque. Un héros nous donne l’illusion de dépasser l’humanité, le saint ne la dépasse pas, il l’assume, il s’efforce de la réaliser le mieux possible, comprenez-vous la différence ?

Nos amis les saints

T

TOTALITARISME

La menace qui pèse sur le monde est celle d’une organisation totalitaire et concentrationnaire universelle qui ferait tôt ou tard, sous un nom ou sous un autre, qu’importe ! de l’homme libre une espèce de monstre réputé dangereux pour la collectivité tout entière, et dont l’existence dans la société future serait aussi insolite que la présence actuelle d’un mammouth sur les bords du lac Léman.

La liberté pour quoi faire ?

V

VERITE

Je ne me sens pas du tout la conscience du monde. Mais c’est assez de me dire que la petite part de vérité dont je dispose, je l’ai mise, ici, à l’abri des menteurs. […] J’ai reçu ma part de vérité comme chacun a reçu la sienne, et j’ai compris très tard que je n’y ajouterai rien, que mon seul espoir de la servir est seulement d’y conformer mon témoignage et ma vie.

Les Enfants humiliés


VOCATION

Non, je ne suis pas un écrivain. Si je l'étais, je n'eusse pas attendu la quarantaine pour publier mon premier livre (...) Je ne repousse d'ailleurs pas ce nom d'écrivain par une sorte de snobisme à rebours. J'honore un métier auquel ma femme et mes enfants doivent, après Dieu, de ne pas mourir de faim. J'endure même humblement le ridicule de n'avoir encore que barbouillé d'encre cette face de l'injustice dont l'incessant outrage est le sel de ma vie. Toute vocation est un appel -- vocatus -- et tout appel veut être transmis. Ceux que j'appelle ne sont évidemment pas nombreux. Ils ne changeront rien aux affaires de ce monde. Mais c'est pour eux, c'est pour eux que je suis né.

Les Grands Cimetières sous la lune

Georges Bernanos

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